« 30 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 305-306], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5538, page consultée le 26 janvier 2026.
30 octobre [1844], mercredi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon bon petit Toto, bonjour, toi que j’aime, bonjour, adoré, bonjour, aimé,
bonjour, vous ! Eh ! bien, vous êtes bien malade, n’est-ce
pas de la conduite héroïque que je vous ai forcé de tenir
cette nuit ? Heureusement que vous avez en perspective la consolante et majestueuse
étoile polaire. Et je déclare que vous le méritez bien
pour ce seul fait d’hier. Voime, voime, monsire
Vicdor, hé que il avre bien mérédé hune dégorazion du gourache zivigue. À propos d’étoile polaire, je viens d’écrire à mon pauvre beau-frère. Ces
pauvres gens doivent croire que je les oublie, tandis qu’il n’en est rien. Tu avais
promis de ton côté que tu écrirais à M. Alboize mais tu as tant d’affaires que je comprends parfaitement que tu
ne l’aies pas encore fait. Tâche, si tu as un moment, de lui donner signe de vie.
Je
te le demande parce que je crois que toutes les bontés que tu daigneras avoir pour
ce
monsieur rejailliront en bons offices et en dévouement sur mon beau-frère. Tu vois
que
c’est encore à moi que je pense en te priant d’écrire à ce monsieur. Quand je dis
moi, c’est à dire ma famille, mais tu me comprends bien malgré
l’amphibologie de mon style, n’est-ce pas mon cher amour ?
Voilà encore une
fichue journée qui s’annonce aujourd’hui. Un temps exécrable et la pire Marre pour tantôt ! Merci, j’aimerais mieux autre
chose. Je remarque que depuis quelque temps je suis dans une veine de sollicitation
de
toute part. Je ne m’en plaindrais pas, Dieu le sait, si je n’étais pas forcée de te
transmettre toutes ces demandes et si je ne savais pas quel surcroît de fatigue c’est
pour toi. Mais le bon Dieu m’a fait une si grande grâce dans ma fille que je n’ai
pas
le droit de me plaindre, au contraire. Et c’est au nom de cette grâce que je te
supplie, mon bien-aimé, d’acquitter pour moi cette faveur vis-à-vis le bon Dieu, en
service et en dévouement, autant que tu le pourras pour tous ceux qui me demandent
ton
intérêt et ta protection. Je baise tes pieds.
Juliette
« 30 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 307-308], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5538, page consultée le 26 janvier 2026.
30 octobre [1844], mercredi après-midi, 4 h. ¼
J’espérais que tu serais venu baigner tes yeux dans la journée, mon cher petit homme,
et que je pourrais t’embrasser, mais je vois maintenant que je me suis trompée.
J’attends M. Marre et probablement tu ne
voudras pas te trouver avec lui, ce qui rejette ta visite aux calendes grecques. Je
ne
te grogne pas, mon cher petit Toto, seulement je me plains de ce que tu n’es pas venu
me voir, comme de coutume tu le fais, de midi à une heure.
J’espère que ton
oncle Louis n’aura pas exigé de toi que tu
ailles faire ta cour aux péronnelles de Saint-Denis ? Ce vieux bonhomme me paraît
capable de tout et de bien autre chose, mais moi je me sens très capable aussi de
l’aller trouver et de lui dire que cela ne me convient pas. Je n’ai pas besoin, moi, que ce vieux grognard vienne tout exprès de la Corrèze
pour vous débaucher. Qu’il reste dans ses attributions, qu’il guérisse la teigne de
ses conscrits, mais qu’il ne vienne pas faire le profond scélérat à Paris.
En
attendant, j’ai une peur affreuse qu’il ne vous ait emmené aujourd’hui chez quelques
vieilles toupies1 émérites
et cela m’émoustille plus que je ne voudrais. Je suis bien malheureuse de vous aimer
comme cela. J’aimerais bien mieux n’en prendre qu’à mon aise comme vous au lieu de
me
tourmenter comme je le fais tous les jours et à propos de tout. Malheureusement, je
n’y peux plus rien. Le plia en est
pris.
Tâche au moins de venir avant ton dîner, mon cher petit homme, qu’il ne
soit pas dit que j’ai passé toute cette longue journée à te désirer, à t’attendre
et à
t’aimer infructueusement. Je t’aime, mon Victor chéri, mais il faut que je te voie
pour être heureuse et il faut que tu m’aimes aussi pour que je vive. N’oublies pas
cela et viens bien vite. Je te baiserai de toutes mes forces.
Juliette
1 Toupie : Femme de mauvaise vie.
a « plis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
